dimanche 14 février 2010

Il faut le dire autour de vous...

Le blog : alors Olivier, on reprend le rythme après une longue interruption. Bon...! Quelle est ton actualité ?

Olivier : Durant la période de Noël, j'ai été marqué par l'accompagnement d'un confrère âgé qui était mourant. C'est un confrère que j'accompagnais. Tout le monde est touché par la mort, mais on l'est d'autant plus que c'est quelqu'un qu'on connaît ! Ça nous renvoie toujours à notre fin, à notre advenir et au mystère de la mort...

Sa mort m'a d'autant plus touché qu'elle m'a fait entrer une plus grande compassion, une plus grande douceur, vis-à-vis des familles que j'ai eu à accueillir et à accompagner pour des obsèques dans la même période.

De la relation avec ce confrère dans ses derniers jours, je retiens les paroles que nous avons échangées à mon retour de la messe de Noël, à minuit passé. Je suis entré dans sa chambre et je lui ai dit : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Il m'a répondu : « Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté »... Ça m'a touché, quoi ! À 2 heures du matin, tu reviens de la messe de minuit et ce confrère te dit ça !

Sinon, ce début d'année a été marqué par une journée particulièrement forte : j'ai accompagné un groupe de lycéens à Auschwitz. C'est la première fois que j'y allais.
Le blog : Quelles impressions, quelles émotions, cela a provoqué en toi ?

Olivier : Sur le coup, tu observes, tu regardes et tu écoutes. Avec cette question qui revient sans cesse : « Où était Dieu ? », « Pourquoi ? »

On avait froid, il faisait -18°. Et le paradoxe, c'est que la neige était d'une grande beauté. La douleur semblait amoindrie par la neige ! C'était la veille de l'anniversaire de la libération du camp. Sur le parcours, des gens avaient placé des roses sur la neige ou à la sortie des fameuses « chambres » àù les gens étaient gazés. C'était impressionnant...!

Le blog : Concrètement il y a une guide, quelqu'un qui accompagne ou qui présente ?

Olivier : L'après-midi, il y avait un guide, et le matin, une survivante, Ginette, nous accompagnait. Elle a témoigné de ce qu'elle avait vécu, ce qu'elle se rappelait. Mais le plus étonnant, peut-être, c'est qu'elle nous a dit en disant y a des choses qu'elle ne se rappelle pas ! Et son témoignage a été de grande qualité, vraiment ! Faisant passer ce qu'elle avait vécu sans voyeurisme, sans pessimisme, en disant simplement : « Voilà, il faut le dire ! Il y a des choses qui ont été vécues durement ici et il faut le dire autour de vous. » Mais il n'y avait pas de haine dans ses propos.

Le blog : Comment en revient-on ?

Olivier : On revient sans penser à quelque chose dans la tête ! Je ne sais pas comment dire... il y a des images qui viennent. A mon retour chez moi, tu sais, quand on prend des photos, on les met rapidement en ligne. A mon retour chez moi, ce soir-là, je ne les ai pas regardées, ni le lendemain ! Il m'a fallu plusieurs jours pour y « revenir » et éprouver alors une très vive émotion.

Je reste également marqué par l'attitude très digne des jeunes qui étaient avec nous : cette dignité impressionnante, cette écoute, ce calme, cette beauté de l'écoute. À côté il y avait un groupe de jeunes qui couraient à droite et à gauche. On avait du mal à comprendre ; il paraît que cela s'analyse par rapport à une sorte de victoire sur la mort, je ne sais pas trop comment le dire. Des accompagnateurs du mémorial de la Shoah ont quand même dû se fâcher un peu avec eux !

Mais tu vois, de cette expérience, c'est le pourquoi qui reste. C'est un voyage impressionnant car on met des images sur les lieux ; on touche la réalité et on se dit : comment des hommes et des femmes osent dire qu'il n'y a rien eu ? On dirait que cette terre crie. On a visité le camp de nuits, là où il y a la fameuse phrase « le travail rend libre » et à un moment, on était uniquement éclairé par la lumière des réverbères de l'époque. Cela fait vraiment glauque.

Ce qui est également marquant, ce sont les cheveux, les chaussures d'enfant, derrière des vitrines, des châles de prière. Et la cellule de Maximilien Kolbe. C'est le seul moment de la journée où j'ai prié. J'ai juste dit un « je vous salue Marie ».