vendredi 19 novembre 2010

du danseur au rugbyman...

Le blog : Quelles sont tes dernières passions musicales ?

Olivier : J’ai découvert Mondonville qui est un compositeur du XVIIIème siècle. J’ai aussi fait la connaissance de Julian Perretta qui est un jeune chanteur très dynamique et aussi d’un groupe de pop, le groupe N.E.R.D, un groupe de hip-hop.

Le blog : Mais Olivier, ce n’est-ce pas contradictoire de passer du baroque au hip hop ? N’est-ce pas comme passer du danseur étoile au rugbyman ?

Olivier : Mais non , il faut savoir mélanger les genres pour mieux atteindre et comprendre les gens et la diversité de ce monde actuel. Il y a des moments où le classique s’impose et d’autres moments où le hip hop trouve sa place. J’ai besoin de la musique autant que de l’eau pour pouvoir vivre.

Pour mes homélies ou pour tout travaux d’écriture, rien de tel que la musique pour me donner l’inspiration.

Le blog : Comment vis-tu ta jeunesse dans une communauté d’anciens

Oliver : J’avoue que ce n’est pas toujours évident mais je sais au moins mon advenir. Il y a la richesse de ce que peuvent m’apporter mes confrères, à savoir la patience, leur amitié ainsi que leur prière. Souvent à cause de mon ministère, je ne peux pas participer aux vêpres en communauté, mais je sais que mes confrères, à cet instant, sont réunis dans la chapelle, et que je suis dans leurs prières. Cela est un point fort dans ma vie de jeune missionnaire. C’est le plus beau témoignage de fidélité que l’on puisse donner.

C’est cela le signe concret d’une communauté.

Le blog : Si tu avais une tristesse à partager ?

Olivier : Je pourrais dire que j’ai vécu plusieurs obsèques très difficiles de personnes pour qui la mort reste un mystère et une souffrance face à l’absence du conjoint, voire d’un parent. Mais au-delà de cela, transmettre l’Espérance et si je peux me permettre, je rends grâce, de toujours avoir réussi de trouver les mots pour accompagner les personnes et les réconforter.

Je vais relater un fait qui m’a marqué avant la fête de Toussaint où j’ai dû préparer les obsèques d’une personne qui n’avait pas de proches, pas de famille. J’ai fait appel, la veille, aux paroissiens, pour leur demander de pouvoir être présents, pour entourer cette personne. Que les chrétiens manifestent publiquement le respect dû à la personne humaine jusque dans la mort. Nous nous sommes retrouvés avec une trentaine de paroissiens à entourer ce défunt et j’avoue mon émotion à la présence discrète et concrète de ces hommes et de ces femmes de foi à ce moment-là. J’avais pris l’évangile d’Emmaüs pour homélie avec ces mots sublimes « reste avec nous Seigneur, il se fait tard ». Nous sommes restés avec ce défunt car nous savions que le Seigneur nous demandait d’être là.

Le blog : Aurais-tu des joies à partager ?

Olivier : Une première, c’est ce que je vis dans mon travail, auprès des collégiens, des lycées et des jeunes à l’aumôneries. Mon petit temps de vacances de Toussaint dans le pays basque, la joie de voir les piliers de rugby, l’océan, un ami et les riches partages que l’on peut vivre avec les gens qui comme pour le Seigneur, a du prix à nos yeux. La fraternité et l’amitié vraie sont irremplaçables et le fracas des océans de nos vies n’a pas le dernier mot… car avec nos amis, nous attendons le matin qui vient.

vendredi 17 septembre 2010

carnet de vacances

Olivier : Bonjour le blog ! Pardon pour cette absence, mais j’ai été pas mal occupé.

Le blog : Alors tes vacances ?

Olivier : Elles étaient bien chargées (Lille, Marseille, Montpellier, Lodève), diverses rencontres, retrouvailles, mais ce qui m’a marqué le plus, c’est la marche que j’ai faite avec quatre jeunes sur le GR 34, qu’on appelle, le sentier des douaniers.

Sur ce chemin qui longeait la mer, nous avons réfléchi à comment savoir se dessaisir de certaines choses. Nous avons cheminé avec la phrase : « Duc in altum » (avance en eau profonde). Nous avions un petit texte pour nous accompagner dans cette réflexion, ainsi que l’éclairage de Saint Eugène de Mazenod. Ce qui était peut-être une redécouverte pour moi, c’était de voir que nos paliers de réflexion n’étaient pas les mêmes avec l’âge, et les questionnements étaient vraiment très différents.

Mais sur le fond, revient toujours la même question, le même désir : être heureux ! Et si on pense que parfois c’est évident, on se trompe, car les sentiments humains sont toujours là avec nous.

Ce qui m’a aidé à être heureux pendant cette marche, c’est de partager nos questions, de relire nos vies, de chercher à discerner ensemble. Pour cela, nous avions la chance d’avoir une vue magnifique sur la mer qui s’étalait sous nos yeux. Des falaises impressionnantes aux dimensions vertigineuses. Les vagues qui s’écrasent sur les rochers. Et enfin après une bonne journée de marche, le passage obligatoire au petit restaurant du bord de mer pour déguster un plat de moules frites.

Il y a eu dans cette marche, le sentiment de ne pas être seul. Bien sûr avec les compagnons de route, mais aussi le Christ... présent… discret… respectueux de notre Liberté. Au plus profond de moi-même, je sentais cette présence du Christ ami, autant présent dans le sacrement de l’Eucharistie, que dans la rencontre avec mon prochain.

Le blog : Mais Olivier, tu n’as pas vécu d’autres instants de bonheur, pendant cet été ?

Olivier : Il y a eu il est vrai, les cinquante ans de vie religieuse de Sœur Marie Vianney, où j’ai pu entendre une phrase émue de cette religieuse qui déclarait devant ses sœurs et devant ses invités : « Cela fait cinquante ans que je suis religieuse des sœurs de Marie Immaculée, cinquante ans de joie et je ne le regrette pas ». Une voix fine, nette, avec un gros soupçon d’émotion dans la voix.

Le blog : Et Alors, Olivier, est-ce que ça te parle ?

Olivier : Oui ça me parle, car je voudrais pouvoir dire dans cinquante ans : « Oui ! je suis heureux de cette vie donnée et reçue au sein de la congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculée ».

lundi 17 mai 2010

célébration hmong à Strasbourg


Pour le dimanche des rameaux, une célébration a eu lieu avec Antoine, le supérieur du Grand séminaire, Antoine Chy Yang, aumônier national de la communauté hmong, et moi-même.

Célébration sympa... Et voici l'homélie qu'il m'a été demandé de faire...

Le 24 Mars 1980, un homme du nom d’Oscar Roméro, évêque au Salvador, était assassiné lâchement en célébrant l’Eucharistie. Lui, vivant pour les autres à l’image du Christ, du serviteur Souffrant, comme le Christ, il dérangeait, comme le Christ on l’a menacé, comme le Christ, il a versé son sang.

Devant les injustices nous ne pouvons pas nous taire: "Si nous nous taisons, les pierres crieront" dit l’Ecriture. Notre conscience nous dérangera et nous réveillera.

Pendant la Seconde guerre Mondiale, plusieurs prêtres ont eu l’audace de porter l’étoile juive. En réalité ce n’était pas de l’audace c’était normal, à l’image du Christ, serviteur aimant, qui épouse la condition des persécutés. Savoir cultiver son jardin, semer, biner, mettre du terreau, du fumier, arroser, voir arroser, voir fleurir, voir murir, récolter. Faire tout ceci avec patience. Celui qui meurt sur la croix arrose la terre de son sang et de Sa miséricorde.

Soyons ces bons larrons qui reconnaissent leur erreur, leur faiblesse. Jésus promet au malfaiteur « aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ».

Aujourd’hui, le Christ nous dit : « Car tu as été comme Simon de Cyrène, à porter la Croix avec ceux qui sont malmenés par la vie, car aujourd’hui par ton sourire tu as aidé à soulager ces hommes et ces femmes souffrants. Oui, aujourd’hui, mon ami, mon frère, ma sœur, tu seras avec moi dans le Paradis. »

Chers amis, n’ayons pas peur de donner du meilleur de nos fruits. Donne sans regarder en arrière, témoigne du Christ par ton amour, car aujourd’hui par ton geste, tu construis mon Royaume en ce monde et tu ouvres mon Paradis. Alors chers amis, soyons un moment pour les personnes que nous rencontrons, un instant de Paradis, un avant goût de l’Eternité.

Olivier Peyrat, Eglise Sainte Madeleine, Rameaux 2010.

dimanche 14 février 2010

Il faut le dire autour de vous...

Le blog : alors Olivier, on reprend le rythme après une longue interruption. Bon...! Quelle est ton actualité ?

Olivier : Durant la période de Noël, j'ai été marqué par l'accompagnement d'un confrère âgé qui était mourant. C'est un confrère que j'accompagnais. Tout le monde est touché par la mort, mais on l'est d'autant plus que c'est quelqu'un qu'on connaît ! Ça nous renvoie toujours à notre fin, à notre advenir et au mystère de la mort...

Sa mort m'a d'autant plus touché qu'elle m'a fait entrer une plus grande compassion, une plus grande douceur, vis-à-vis des familles que j'ai eu à accueillir et à accompagner pour des obsèques dans la même période.

De la relation avec ce confrère dans ses derniers jours, je retiens les paroles que nous avons échangées à mon retour de la messe de Noël, à minuit passé. Je suis entré dans sa chambre et je lui ai dit : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Il m'a répondu : « Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté »... Ça m'a touché, quoi ! À 2 heures du matin, tu reviens de la messe de minuit et ce confrère te dit ça !

Sinon, ce début d'année a été marqué par une journée particulièrement forte : j'ai accompagné un groupe de lycéens à Auschwitz. C'est la première fois que j'y allais.
Le blog : Quelles impressions, quelles émotions, cela a provoqué en toi ?

Olivier : Sur le coup, tu observes, tu regardes et tu écoutes. Avec cette question qui revient sans cesse : « Où était Dieu ? », « Pourquoi ? »

On avait froid, il faisait -18°. Et le paradoxe, c'est que la neige était d'une grande beauté. La douleur semblait amoindrie par la neige ! C'était la veille de l'anniversaire de la libération du camp. Sur le parcours, des gens avaient placé des roses sur la neige ou à la sortie des fameuses « chambres » àù les gens étaient gazés. C'était impressionnant...!

Le blog : Concrètement il y a une guide, quelqu'un qui accompagne ou qui présente ?

Olivier : L'après-midi, il y avait un guide, et le matin, une survivante, Ginette, nous accompagnait. Elle a témoigné de ce qu'elle avait vécu, ce qu'elle se rappelait. Mais le plus étonnant, peut-être, c'est qu'elle nous a dit en disant y a des choses qu'elle ne se rappelle pas ! Et son témoignage a été de grande qualité, vraiment ! Faisant passer ce qu'elle avait vécu sans voyeurisme, sans pessimisme, en disant simplement : « Voilà, il faut le dire ! Il y a des choses qui ont été vécues durement ici et il faut le dire autour de vous. » Mais il n'y avait pas de haine dans ses propos.

Le blog : Comment en revient-on ?

Olivier : On revient sans penser à quelque chose dans la tête ! Je ne sais pas comment dire... il y a des images qui viennent. A mon retour chez moi, tu sais, quand on prend des photos, on les met rapidement en ligne. A mon retour chez moi, ce soir-là, je ne les ai pas regardées, ni le lendemain ! Il m'a fallu plusieurs jours pour y « revenir » et éprouver alors une très vive émotion.

Je reste également marqué par l'attitude très digne des jeunes qui étaient avec nous : cette dignité impressionnante, cette écoute, ce calme, cette beauté de l'écoute. À côté il y avait un groupe de jeunes qui couraient à droite et à gauche. On avait du mal à comprendre ; il paraît que cela s'analyse par rapport à une sorte de victoire sur la mort, je ne sais pas trop comment le dire. Des accompagnateurs du mémorial de la Shoah ont quand même dû se fâcher un peu avec eux !

Mais tu vois, de cette expérience, c'est le pourquoi qui reste. C'est un voyage impressionnant car on met des images sur les lieux ; on touche la réalité et on se dit : comment des hommes et des femmes osent dire qu'il n'y a rien eu ? On dirait que cette terre crie. On a visité le camp de nuits, là où il y a la fameuse phrase « le travail rend libre » et à un moment, on était uniquement éclairé par la lumière des réverbères de l'époque. Cela fait vraiment glauque.

Ce qui est également marquant, ce sont les cheveux, les chaussures d'enfant, derrière des vitrines, des châles de prière. Et la cellule de Maximilien Kolbe. C'est le seul moment de la journée où j'ai prié. J'ai juste dit un « je vous salue Marie ».