lundi 18 mai 2009

Se sentir impuissant devant la misère...

Le blog : Alors Olivier, quoi de neuf ?

Olivier : Avec quelques personnes de la paroisse, nous avons été à Budapest, dans le cadre d'un futur partenariat~échange avec notre paroisse. C'est une ville impressionnante, notamment par son histoire récente !

J'ai été marqué de voir tout ce qu'un pays, notamment les chrétiens, ont pu souffrir du temps du communisme ! Le prêtre que l'on a rencontré, par exemple, a fait huit ans de prison. Combien ce pays a souffert, et comment ils se sont relevés. On a visité le musée de la terreur : c'est tout ce qui s'est vécu par ce peuple ; par exemple tu as des photos de tous ces jeunes qui se sont mobilisés pour défendre leurs droits, et l'Église qui a été une Église de martyres, de même que certains hommes politiques.

C'était impressionnant de découvrir ce pays qui, de fait, a été allié de l'Allemagne nazie durant la guerre, et de voir à quel point, par la suite, il a souffert parce qu'on s'est vengé, parce qu'on a voulu lui faire « payer sa traîtrise ». Comme jeune Occidental, cela m'a mis mal à l'aise.

Le blog : Autre point que tu retiens de ton vécu récent?

Olivier : Oui, une rencontre difficile qui a été pour moi une grande souffrance ! L'autre soir en sortant de la gare, j'ai été abordé par une femme, la quarantaine, visiblement pas en forme, très maigre, et habillée tout en noir. Elle avait déjà abordée quelqu'un avant moi. Elle avait une cigarette à la main, et un portable. Je me suis dit : ce n'est pas une SDF, elle doit demander son chemin.
Quand elle s'est approchée, j'ai vu à son visage que cela n'allait pas. Elle sentait l'alcool et le vomi. Elle m'a tendu de l'argent en me disant discrètement : "Pourriez-vous s'il vous plaît m'acheter à boire ?"

Je me suis dit : ce n'est pas que je ne veux pas mais bon... J'ai hésité et j'ai fin par dire : " Euh ! Vous voulez que je vous prenne à boire de l'eau ?" - "Non ! de l'alcool..." J'étais très mal à l'aise et j'ai dit : "Je suis désolé mais je ne peux pas ! Je ne peux pas !". Et je suis parti, presque en m'enfuyant.

L'odeur, ce visage de souffrance... De retour chez moi, je me suis dit : "Mais qu'est-ce que je pouvais faire ? Qu'est-ce que j'aurais pu faire ?" Ça a été une source de souffrance pour moi : c'est terrible de se sentir impuissant face à la misère !

Le plus drôle quand j'y repense - enfin ! si je peux me permettre - c'est ma première impression : de loin, j'ai vu une femme avec une cigarette et un portable, bref une personne "normale". Et c'est incroyable car la première impression nous place sur un registre bien précis. Il aurait s'agit d'une femme en guenille, SDF, je me serais mis dans l'attitude de celui-qui-fait-preuve-de-compassion, ou au contraire de celui-qui-se-détourne-pour-ne-pas-être-dérangé ! Mais là, je me suis "fait avoir" : elle avait un portable, donc elle était "civilisée" ! C'est là où j'ai été surpris. Drôle de rencontre !

Avec douceur, je me revois dire : "Une bouteille d'eau ?" Tu parles ! Je savais bien ce qu'elle allait me répondre ! Mais là, devant ce visage de la souffrance ! C'est la seule réponse que je pouvais donner. Mais je reste insatisfait. C'est terrible de se sentir démuni, sans réponse face à la misère !

jeudi 9 avril 2009

On fait un boulot formidable, non ?

Le blog : Je suis en pointillé ces temps-ci...

Olivier : Oui, nous sommes tous bien occupés. Cela aussi, ça fait partie des défis de la mission...!

Le blog : quoi de neuf ?

Olivier : les semaines précédentes ont été bien agitées par les événements au niveau de l'église : entre l'actualité de Récife dont tout le monde a parlé, l'histoire des préservatifs... cela fait beaucoup de déclaration qui touchent tout le monde.

Curieusement, les étudiants avec qui je travaille n'ont pas été les plus perturbés par ces déclarations. C'est plus au niveau des chrétiens que cela a réagit ! On sent que bon nombre de personnes ont été touché, bouleversé, notamment bon nombre de femmes.

J'ai fait une homélie à ce sujet. J'ai été impressionné par le silence dans l'assemblée ! D'habitude, une ou deux personnes font écho à nos homélies. Là, on sentait que tout le monde était à l'écoute. On sentait que le sujet concernait les gens, il y avait beaucoup d'émotion.

Une amie me demandait si j'étais intérieurement tiraillé par ces positions de l'Eglise. Oui ! Bien sûr, on l'est ! A la fois il y a des choses qu'on peut accepter d'entendre de la part de sa famille, l'Eglise, mais il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas être d'accord. Certains disent que l'usage du préservatif ne met pas les gens devant leur responsabilité. Je veux bien, mais en attendant, c'est le dernier rempart, et les hommes ne sont pas des anges ! On a beau parler éthique, responsabilité des gens, on est dans un monde qui est difficile sur ce point !

En même temps, la réaction des gens est étonnante. Des militants d'Act Up et des intégristes catholiques qui se cognent dessus devant la cathédrale Notre Dame de Paris... c'est surréaliste, non ? Enfin, il paraît que les extrêmes se rejoignent !!!

Le blog : et côté vie des étudiants ?

Olivier : Actuellement, on les accompagne dans leur stress d'examen ou de recherche de stage. La fin d'année arrive. Au niveau de la grève, c'est difficile à évaluer. Ici, il y a les grévistes pur et dur. La fac de droit qui a fermé, qui rouvre. On sent des personnes pas vraiment convaincues plus que ça pour faire grève. Elle n'a pas le même poids que des grèves précédentes. Cela ne mobilise pas tant que cela.

Le blog : La montée vers Pâques ?

Olivier : En paroisse, c'est la réflexion autour du CCFD qui mobilise. Comment s'engage-t-on dans un esprit de charité et de partenariat solidaire ? Et puis, il y a eu le sommet de l'Otan qui a mobilisé nos églises : une prière pour la paix. On essaie de rendre attentif les gens.
J'ai à préparer la célébration du vendredi saint. Ici, c'est une grande fête protestante, et donc c'est férié. Le matin, je vais toujours à la célébration chez les protestants. L'après-midi, nous célèbrerons la passion. Comment vivre la passion et être solidaire des gens qui vivent cette passion tous les jours ? Au niveau de la paroisse, on a essayé d'y penser.

Le blog : donne-mois deux raisons d'avoir été heureux cette semaine ?

Olivier : La semaine dernière, j'ai visité le mémorial de l'holocauste à Paris derrière St Gervais. Ma joie était un peu mesquine, ou très régionaliste... mais j'ai été heureux de voir le nom de justes originaires de mon pays la Corrèze ! C'est con mais cela m'a rendu heureux ! J'ai fait du régionalisme identitaire !!!

Ma seconde joie, c'est d'accompagner un jeune étudiant et de voir son cheminement humain. C'est un beau spectacle de voir des jeunes devenir adultes, quitter leurs parents, se mettre dans la vie. Oui, vraiment, on fait un boulot vraiment génial !

samedi 7 mars 2009

Dénier le génocide, c'est dénier le Dieu qui étaient aux côtés de ces hommes et ces femmes qui en sont mort

Je reprends le blog après quelques semaines d'interruption... Promis, le blog, je serai plus régulier à l'avenir...

Le blog : qu'est-ce qui t'a le plus marqué durant les semaines passées ?

On a été pas mal brassé par l'histoire de la levée des excommunications. Dans notre paroisse, cela a été vécu de manière assez violente, un temps d'incompréhension et de révolte, de tous les côtés, que les gens soient classiques ou pas ! Cela m'a impressionné...

Des copains, tendance classique, ne comprenaient pas. Ils restaient "romains", disant que le pape sait ce qu'il fait, mais ils ne comprenaient pas. Des personnes âgées ne comprenaient pas, disant : « On ne veut pas revenir aux vieilles dentelles, on ne veut pas que ces vieilles dentelles reprennent le dessus ».

Une autre chose m'a frappé dans cette affaire, toujours au niveau de la réaction des gens. On a entendu dire que des prêtres ou des théologiens parlaient de quitter l'église. C'est intéressant de voir quelle a été la réaction de certaines personnes. Ils otn dit que cela faisait penser à des gens qui quittaient le navire. On ne quitte pas le navire ! Non, il faut se battre. Quelqu'un disait qu'au fond, la levée des excommunication a été bénéfique pour se réveiller. Certains voient cela « positivement », même s'ils reconnaissent que c'est horrible.

De même, quand on voit la réaction du cardinal Schonborn en Allemagne... Lui qui est plutôt classique, a néanmoins eu des mots durs.

Pour ma part, dans toute cette affaire, dans notre paroisse, j'ai insisté sur une chose : le fait de dénier les atrocités du génocide, comme le fait Williamson, est un déni de ce qui est passé et un déni de ce Dieu qui était présent au coeur de la souffrance aux côtés de ces personnes.

Je repense à cette fameuse phrase d'Elie Wiesel : « Où est Dieu ? » demande-t-il en voyant un enfant pendu par les Nazis du camp. Et quelqu'un parmi les prisonniers répond : « Il est là, dans cet enfant ». Si on nie cela, on nie que Dieu était aux côtés de ces hommes et des ces femmes ; on nie l'existence de Dieu qui était présent, impuissant.

Dans le même temps, il y avait la semaine de prière pour l'Unité des chrétiens !!! Ici on a des liens étroits avec nos frères protestants. Notre thématique tournait autour de l'Eglise coréenne. La thématique avec les deux bâtons d'Ézéchiel qui se gravent. C 'était fort et émouvant. L'église était comble, très active. Un beau partenariat !

mardi 20 janvier 2009

Cette semaine a surtout été marquée par le gros pépin de santé de mon collègue, un choc pour tout le monde. Perspective d'une opération du coeur... Il a la cinquantaine ! Son frère et sa sœur sont venus le voir. Il y a eu beaucoup d’émotion. Au plan physique, par rapport au cœur, ce n’est pas recommandé, mais bon… Cela fait quand même du bien !

En ce qui me concerne, j’ai vécu quelque chose de fort en étant amené à lui donner le sacrement des malades. Cela m’a quand même fait bizarre de le donner à un confrère si jeune !

Au niveau du travail, ma semaine a été marquée par une rencontre ACAT, l’Association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture : des personnes protestantes, catholiques, orthodoxes et anglicanes se réunissent pour prier pour les victimes et aussi pour les bourreaux, et agissent par du courrier. C’est impressionnant de constater le pouvoir que possède le courrier. On compare ça à des flocons de neige. Quand cela s’amasse sur un arbre, la branche finit par casser. C’est la même chose pour le courrier ; cela finit par faire plier des dictateurs vis-à-vis de certains prisonniers.

Il y a également eu une rencontre des aumôniers étudiants : Comment trouver notre place dans l’Université unique de Strasbourg ? Comment être partenaire ? L’aumônerie, appelée « Centre Bernanos » est reconnue sur le terrain, au niveau civil, par les autres instances religieuses et par le monde associatif Comment être au service de la cité, du quartier ? Comment être à l’écoute du monde étudiant ? Cette réflexion nous travaille en profondeur !

Je note la messe dimanche 11 janvier, où se retrouvaient toutes les communauté étrangères rattachées à la paroisse pour faire une grande fête : moment sympathique, animé, vivant… qui bouscule, aussi ! Cela faisait un peu « auberge espagnole » comme on dit !

Et puis, un petit événement amusant par rapport à l’association de quartier où je fais du soutien scolaire. Un gamin me dit : « Je t’ai vu à la messe de Noël. Donc, tu es prêtre ? ». Dans cette association, les enfants ne savent pas que je suis prêtre ou religieux. Quand je viens, je ne porte pas de signe distinctif. Un autre m’a dit : « Oui, je t’ai vu sur des photos en allant voir la crèche à l’église ! » et un petit Afghan, Aroun, m’a dit : « Ben quoi, Olivier, tu as honte de dire que tu es curé ou quoi ? Il ne faut pas avoir honte ! » J’ai bien apprécié cette réaction des gamins. Cela dit, je reste Olivier, qui les accompagne dans leurs devoirs scolaires !

Dans le cours de religion que je donne, je suis impressionné par la difficulté que vivent les enfants dans leur vie de famille : ils te disent beaucoup de choses, et tu te trouves démuni pour porter des réponses. Tu ne peux pas entrer dans leur vie de famille, tout juste en parler à l’instituteur, mais il y a une limite à ne pas dépasser ! Quelque fois, tu découvres de grandes détresses dans ce qu'ils vivent!

Et puis quand même, pour terminer, samedi soir, j’ai été à un concert avec un étudiant, écouter de la musique du Moyen-Âge sur le thème des chemins de St Jacques Moment très fort, et très intéressant. Bon, on a eu froid aux pieds car il y avait un problème de chauffage dans l’église !

dimanche 11 janvier 2009

Bonne et heureuse année, le blog, tout ce qu'on peut souhaiter de meilleur !

Le blog : qu'est-ce qui t' a marqué ces derniers temps ?

Olivier : Le train train des fêtes bien sûr ! Les célébrations ont été des temps forts... sauf la lumière qui s'éteint dans l'église au moment de mon homélie ! On parlait de la lumière, c'était notre thème de célébration, et pouf ! C'est parti du fond comme un jeu de dominos ! Bon, tu fais comme si de rien n'était, tu attends un peu, tu continues, et finalement, la lumière est revenue ! Exercice pratique sur le thème de la lumière !

Sinon, j'ai été touché par de nombreux témoignages de non-chrétiens me souhaitant un bon Noël. Je pense à cet ami musulman qui disait : « Je te souhaite bon et heureux Noël car Jésus est un avènement dans le monde pour toi et pour nous » ! C'est chouëtte.

Par contre, expérience surprenante, j'ai eu à accompagner et célébrer des obsèques autour du 1er janvier : bénir le corps le 31 décembre, célébrer les funérailles le 2 janvier, et réveillonner avec les copains entre les deux ! Les jours de l'an sont une fête de la vie, et devant la détresse des personnes, c'est difficile de souhaiter « bonne année ! » et « meilleurs vœux !». J'ai eu l'impression d'un porte-à-faux de joie et de tristesse.

Par contre, le réveillon du 31 lui-même restera mémorable. alors que j'ai vécu un jour de l'an : un grand jeu dans la gare de Strasbourg, déguisés, avec des Scouts et des gens de divers horizons. On était 25 personnes. On a fait l'attraction à 10 heures du soir dans la gare. Les gens nous regardaient, c'était sympa. On a développé le thème de la fraternité avec, à la fin, une grande ronde. Bon, on s'est quand même fait rappelé un peu à l'ordre parce qu'on faisait trop de bruit !

Le blog : quel souvenir garderas-tu de l'année 2008 ?

Olivier : ce n'est même pas mon ordination comme prêtre, mais d'être retourné en Guyane où j'avais vécu durant 2 ans auprès des Hmongs et des Surinamiens. Retrouver des enfants qui ont grandi : Tu les quittes à 12 ans, tu les retrouves à 18 ; les visages ont vraiment changé ! Et puis, de voir le parcours des uns et des autres. La plupart sont des personnes en difficultés, mais qui gardent le sourire. C'est bouleversant ! Le visage du frère, dans lequel on trouve la grâce !